Construire son allocation

À retenir
  • La répartition entre actifs risqués et actifs sûrs détermine l'essentiel de la performance et de la volatilité d'un portefeuille.
  • Elle se décide sur l'horizon de placement, pas sur l'humeur des marchés.
  • Une allocation ne vaut que si elle est rééquilibrée une fois par an.

La décision qui compte

Les travaux académiques sur la performance des portefeuilles aboutissent tous au même constat : la répartition entre grandes classes d'actifs explique la très grande majorité des écarts de résultat entre investisseurs. Le choix des supports précis et le moment des achats pèsent bien moins.

Autrement dit, décider que tu seras à 70 % en actions compte davantage que de choisir quel ETF mondial acheter. C'est une bonne nouvelle : la décision importante est aussi la plus simple à prendre, et elle ne demande aucune compétence technique.

L'horizon décide de tout

Une seule question détermine la part d'actions : dans combien de temps auras-tu besoin de cet argent ?

  • Moins de trois ans : rien en actions. Livrets et fonds euros uniquement. Une baisse au mauvais moment ne se rattrape pas sur une durée aussi courte.
  • Trois à huit ans : une part mesurée, de l'ordre de 30 à 50 %, complétée d'obligations ou de fonds euros.
  • Plus de huit ans : 70 à 100 % d'actions se défend. Sur ces durées, aucune période historique d'un indice mondial diversifié ne s'est soldée par une perte.

La règle empirique qui consiste à détenir « 100 moins son âge » en actions est un repère commode, mais elle ignore l'essentiel : ce qui compte n'est pas ton âge, c'est la date à laquelle tu auras besoin de l'argent.

Part d'actions selon l'horizon de placement
Plus de 8 ans70 à 100 %3 à 8 ans30 à 50 %Moins de 3 ans0 %
Le reste en fonds euros, livrets ou obligations. Repères indicatifs, à ajuster à ce que tu supportes.

Le second critère : ce que tu supportes

Une allocation théoriquement optimale mais que tu ne tiens pas ne vaut rien. Le test est simple : si ton portefeuille perdait 40 % l'an prochain, que ferais-tu ?

Si la réponse honnête est « je vendrais », alors 100 % d'actions n'est pas ton allocation, quel que soit ton horizon. Descends jusqu'au niveau où la réponse devient « je continuerais mes versements ».

Une baisse de 40 % sur un portefeuille à 60 % d'actions se traduit par une perte d'environ 24 % — psychologiquement, ce n'est pas le même exercice.

Rééquilibrer, une fois par an

Une allocation dérive toute seule. Après trois bonnes années boursières, un portefeuille prévu à 70 % d'actions peut se retrouver à 85 % : tu prends beaucoup plus de risque que tu ne l'as décidé.

Rééquilibrer consiste à revenir à la cible en vendant ce qui a monté et en achetant ce qui a baissé. C'est contre-intuitif, et c'est précisément ce qui en fait la valeur.

Une fois par an suffit, à date fixe. Et le meilleur moyen de rééquilibrer sans vendre — donc sans déclencher d'impôt sur un compte-titres — consiste à orienter les versements des mois suivants vers la poche en retard.

Rester simple

Deux ou trois lignes suffisent à construire une allocation solide : un ETF actions mondial, un support sécurisé, éventuellement une poche immobilière. Ajouter des lignes sectorielles, thématiques ou géographiques multiplie les frais et les décisions sans améliorer le résultat.

Pour vérifier que ton allocation te mène quelque part, le simulateur d'indépendance financière traduit un rendement moyen en durée.

Un cas chiffré

Un cas chiffré
  • Un portefeuille de 100 000 € réparti à 70 % en actions et 30 % en fonds euros perd environ 28 % dans un marché baissier à -40 %.
  • Le même capital tout en actions perd 40 000 €, soit 12 000 € de plus — et c'est souvent là que l'investisseur vend.
  • Sur vingt ans, le portefeuille à 100 % actions rapporte davantage : encore faut-il l'avoir gardé pendant les deux ou trois baisses traversées.

Questions fréquentes

Quelle part d'actions dans un portefeuille ? Elle dépend de l'horizon : rien en dessous de trois ans, 30 à 50 % entre trois et huit ans, 70 à 100 % au-delà de huit ans si tu supportes les baisses.

La règle des 100 moins l'âge est-elle fiable ? C'est un repère commode mais imparfait : ce qui détermine la part d'actions, c'est la date à laquelle tu auras besoin de l'argent, pas ton âge.

À quelle fréquence rééquilibrer ? Une fois par an, à date fixe. Orienter les versements suivants vers la poche en retard évite de vendre, et donc d'être imposé.

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